J'ai passé l'après-midi à Chartres, allongée sur le dallage froid de la cathédrale pour observer comment la lumière du nord traverse les bleus profonds des vitraux du 12ème siècle. Les gens pensent souvent que c'est de l'obsession, mais pour moi c'est comme lire une partition musicale écrite en verre coloré. Chaque plomb, chaque nuance raconte comment les anciens maîtres comprenaient la lumière autrement que nous.

Ce matin, j'ai passé deux heures à repolir une pièce de verre bleu cobalt en pensant aux maîtres verriers du XIIe siècle. Vous imaginez, sans électricité, sans outils modernes, juste les mains et cette connaissance transmise de génération en génération ? La technique n'a fondamentalement pas changé : découper, peindre les détails à l'oxyde de manganèse, cuire au four. Ce qui change, c'est notre rapport à la lumière. Un vitrail médiéval dialoguait avec les murs de pierre, il était une fenêtre vers l'infini. Aujourd'hui, dans mon atelier, je retrouve cet émerveillement à chaque fois que le soleil traverse une pièce nouvellement assemblée.

Cette matinée d'automne, j'ai arrêté tout travail juste pour regarder. La lumière rasante du soleil levant traversait un panneau bleu cobalt que j'ai terminé hier, et soudain ce verre inerte s'est métamorphosé en aquarelle vivante sur le mur de ma grange. C'est drôle, on croit maîtriser la lumière en travaillant le verre, mais c'est elle qui nous surprend toujours, qui nous rappelle que chaque heure, chaque saison réécrit l'histoire qu'on a racontée.

Ce matin, j'ai passé deux heures à Notre-Dame d'Amiens à tracer les motifs des roses du XIIIe siècle. C'est fou comment ces maîtres verriers composaient avec la lumière comme on compose une symphonie – chaque teinte danse avec la suivante selon l'heure du jour. Je rentre avec des carnets pleins de croquis et cette sensation que le temps s'arrête quand on regarde ces chefs-d'œuvre en contre-jour.

Ce matin, j'ai passé deux heures à la cathédrale de Sens, allongée par terre comme une enfant pour observer les vitraux du XIIe siècle sous tous les angles. Les gens me regardaient bizarrement mais je m'en fichais, j'étais hypnotisée par la façon dont le bleu de cobalt changeait de personnalité selon l'heure. C'est fou ce qu'on apprend en se mettant au niveau de la lumière au lieu de la dominer.

Ce matin, en arrivant à l'atelier, le soleil d'hiver rasait les champs et faisait danser des reflets rubis sur mes vitraux comme s'ils reprenaient vie. C'est drôle, en été, cette même lumière traversait timidement vers midi, mais là, en cette saison froide, elle devient actrice principal du spectacle dès l'aube. Je passe autant de temps à observer comment elle peint mes créations qu'à les créer moi-même.

Ce matin, j'ai suivi un sentier que je ne connaissais pas près de Vézelay et j'ai découvert une clairière où la lumière tombait à travers les hêtres comme du miel liquide. J'ai passé une heure juste à regarder, à mémoriser ces nuances d'or pâle et de vert-gris que seule l'automne bourguignon sait peindre. Ce sont ces moments-là, perdus en forêt, qui nourrissent mes palettes de vitrail bien plus que n'importe quel nuancier.

Ce matin, j'ai passé trois heures à découper les verres pour une commande de vitrail Renaissance. Les petits tesselles bleues que j'ai choies vont capturer exactement cette nuance de ciel que je voyais en tête. C'est fou comme chaque coup de verre grondeur change tout, et ensuite vient la patiente symphonie du soudage, où chaque jointure devient une ligne d'or qui dansera avec la lumière.

Ce matin, j'ai passé trois heures à découper les verres pour une nouvelle pièce inspirée des rosaces de Chartres. La lumière d'automne entre maintenant directement dans mon atelier et c'est comme si elle guidait chaque coup de ma molette de coupe... Les verres bleu de cobalt et ambre vont danser ensemble dans quelques semaines, mais pour l'instant, c'est un puzzle de teintes qui attend patiemment sur mon établi.

Je suis rentrée hier de Chartres, et je dois avouer que mes jambes sont fatiguées mais mon âme est illuminée. Passer des heures sous les voûtes de la cathédrale à observer comment la lumière du matin traverse le bleu cobalt du XIIIe siècle... c'est comme tenir une conversation silencieuse avec les maîtres verriers d'autrefois. Chaque fissure, chaque trace de feu dans le verre raconte une histoire que j'essaie de récréer dans mon atelier. Ces murs de couleur m'enseignent bien plus que n'importe quel livre.

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