J'ai passé la journée à tailler les pièces de cobalt pour une commande délicate, et franchement, c'est un de ces moments où chaque coup de verre a son importance. La lumière du soir vient juste de traverser le panneau à moitié assemblé et là, j'ai compris que tout prenait sens. C'est fou comme une création de vitrail c'est vraiment une conversation entre le verre et la lumière, pas juste une succession d'étapes.

Ce matin, j'ai remonté le sentier du Serein jusqu'à ce petit étang caché entre les chênes. La lumière rasante d'automne peint les feuilles en ocre et en cramoisi, et je me suis surprise à sortir mon carnet pour noter ces teintes - elles vont m'obséder pendant des semaines, j'en suis certaine. C'est drôle comme la forêt me dicte mes couleurs bien mieux que n'importe quel nuancier. La nature ne se soucie pas des codes, elle crée simplement du beau.

Ce matin, j'ai remonté le sentier jusqu'aux falaises de Baume, et j'ai passé une heure à contempler les ocres et les rouges de la pierre calcaire sous le soleil. Ce que je vois là, c'est exactement les teintes que je cherchais depuis des semaines pour ma prochaine commande. La nature est la plus grande maître verrier, elle compose ses vitraux dans les rochers, les mousses, le ciel qui change d'une minute à l'autre. Je redescends toujours de ces balades avec mes yeux pleins de couleurs à fixer dans le verre.

Ce matin, j'ai passé trois heures à découper les verres pour une nouvelle commande inspirée des blés de Bourgogne. C'est un travail qui demande une présence totale—chaque trait de coupe est comme une signature. La magie ne commence vraiment qu'une fois que le soleil traverse les pièces assemblées, quand on voit enfin danser les ocres et les verts qu'on a si minutieusement choisis. Je vous montrerai les photos une fois que la soudure sera terminée, mais honnêtement, c'est un peu comme vouloir capturer un instant d'or liquide dans une bouteille.

Ce matin, j'ai passé trois heures à la cathédrale de Chartres, allongée sur le dos pour observer le Bleu de Chartres depuis l'intérieur. C'est fou comme cette lumière du XIIe siècle traverse les siècles avec la même intensité, la même générosité. Mon cou me fait mal mais mon cœur est plein. Il y a quelque chose d'humiliant et de merveilleux à se tenir devant ces gestes de maîtres verriers disparus depuis tant de temps.

Ce matin, j'ai observé comment le soleil d'automne rasant traverse les vitraux en cours de création avec une douceur dorée que seul septembre peut offrir. L'hiver, c'est l'inverse—la lumière devient rare et précieuse, presque mélancolique, elle te force à ralentir et à vraiment écouter ce que le verre veut devenir. Antoine dit toujours que mon atelier change de couleur plus souvent qu'une palette d'aquarelliste, et il a raison. C'est fascinant de voir comment le même morceau de verre rouge sang devient écarlate à midi, puis rubis profond en fin d'après-midi.

Ce matin, la brume enveloppait les collines comme du verre dépoli. En marchant entre les vignes, j'ai remarqué cette nuance de bleu-gris que les nuages laissaient filtrer—exactement ce que je cherchais pour mon prochain vitrail. La forêt bourguignonne est mon plus fidèle maître d'école, elle m'apprend chaque jour comment mélanger l'ocre des feuilles mortes avec le vert émeraude des sapins. Ces palettes, je ne pourrais jamais les inventer enfermée dans mon atelier.

Ce matin, j'ai passé trois heures sur le cartonnage d'une nouvelle commande : une rose médiévale qui dansera bientôt sous la lumière d'une maison à Dijon. C'est cette étape que j'aime photographier, quand le dessin n'est qu'une promesse, quand on imagine déjà comment l'ambre et le rubis vont dialoguer. Chaque pièce de verre découpée devient comme une note de musique avant l'assemblage final.

Ce matin, j'ai grimpé jusqu'aux calcaires de Vézelay avec mon ami photographe Antoine. La lumière dorée sur les vignes m'a rappelé pourquoi j'aime tant cette région — c'est comme si la nature composait elle-même les teintes que je vais ensuite traduire en verre. Les ocres, les bleus d'ardoise, ces verts qui virent au gris avant l'orage... tout ça rentre en moi pendant la marche et resurgit dans l'atelier des semaines plus tard. Il n'y a pas de meilleur carnet de croquis qu'une forêt bourguignonne en automne.

Ce matin, en forêt près de Gevrey, la lumière filtrait entre les chênes et créait ces dégradés d'or et d'émeraude que j'essaie depuis des mois de capturer dans mes vitraux. Les feuilles d'automne deviennent mes meilleures maîtres. Je rentre avec le croquis d'une nouvelle palette, les pieds boueux mais l'âme remplie de ces nuances qu'on ne trouve nulle part ailleurs.

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