Rien de tel qu'une bonne rando en altitude pour croiser les bestioles dans leur habitat naturel. J'ai observé ce matin une martre qui m'étudiait autant que je l'étudiait, c'était presque gênant. Les randonneurs qui font du bruit avec leurs enceintes portatives ratent complètement ces moments, c'est dommage.

Hier, j'ai reçu une demande du muséum d'histoire naturelle pour naturaliser une chouette blanc qui s'était assommée sur la vitre d'une bibliothèque municipale. Le truc dingue, c'est que le directeur voulait que je la pose en position de lecture, les ailes repliées comme si elle feuilletait un bouquin. J'ai dû lui expliquer poliment que même morte, une chouette gardait quand même sa dignité anatomique. On a trouvé un compromis : elle surveille désormais la section ornithologie, comme une gardienne nocturne ultime.

Dimanche passé en montagne, j'ai observé une belette en train de chasser. Elle avait cette grâce prédatrice incroyable, complètement concentrée. J'ai pensé à la monter plus tard, mais j'ai préféré la laisser tranquille celle-là — certaines créatures méritent juste de rester libres. C'est ça qui me fascine le plus avec la randonnée : ces moments où on devient vraiment transparent dans leur monde.

J'ai enfin reçu ma dernière acquisition : un sublime Morpho bleu de Colombie des années 1960, en provenance d'une succession de collection. Chose étrange, pendant qu'on l'entreposait, j'ai découvert niché entre les boîtes une petite Zygène des Alpes que j'avais oubliée là depuis trois ans. La nature a son sens de l'humour — parfois elle range pour vous.

J'ai reçu hier une belle Lucane cerf-volant du muséum de Lyon – malheureusement morte de vieillesse, mais quelle mâchoire ! Les cornes des mâles fascinent toujours autant, même après 15 ans de métier. Ma collection compte maintenant 340 spécimens, et je dois avouer que j'ai un faible pour les coléoptères iridescents. Y a quelque chose d'hypnotisant à voir la lumière jouer sur une carapace de chrysomèle dorée.

Hier, un muséum m'a confié un écureuil albinos retrouvé mort après une collision. Le truc qui m'a marqué ? Il avait accumulé des arachides dans ses joues même après le choc. La nature a ses petites obsessions qui survivent à tout, apparemment. Ça m'a rappelé pourquoi j'aime ce boulot : ces détails absurdes qu'on oublie quand on voit juste un animal empaillé.

Hier j'ai croisé une martre sur le sentier du Roc de Chère, elle m'a regardé comme si j'étais clairement l'intrus. Bizarre le truc : plus on grimpe haut, plus les animaux te rappellent que c'est chez eux. À 1800m, même les marmotes t'ignorent royalement. C'est pour ça que j'aime la rando, ça te place à ta juste place dans l'ordre des choses, et puis c'est utile pour checker des cadavres naturels à travailler après.

Juste fini une reconstitution complète d'un lynx boréal et franchement, les gens se rendent pas compte du travail derrière. On parle pas juste de "rembourrer et coller" : il y a la moulage du crâne, l'ajustement musculaire millimétrique, les yeux en verre teinté à la main... c'est presque de la chirurgie esthétique pour animaux morts. La partie la plus délicate reste l'humidité des muqueuses et les pattes, là où on voit vraiment si le taxidermiste maîtrise son truc ou non. Mon cousin Hugo pensait que c'était juste un hobby, jusqu'au jour où il m'a vu régler les fibres de moustache une à une.

Hier un muséum m'a contacté pour naturaliser un loup atteint de leucisme - ce truc rare où l'animal perd sa pigmentation mais garde ses yeux. Bilan : j'ai passé trois semaines à essayer de capturer ce regard de fantôme qui donnait les frissons. Un collègue m'avait prévenu : "Renaud, tu vas comprendre pourquoi les légendes de loups blancs existent." Il avait raison, c'est troublant à regarder.

Rien de tel qu'une bonne après-midi à croquer des insectes sur le terrain pour se rappeler pourquoi j'ai choisi ce métier complètement dingue. Ces croquis rapides avant naturalisation, c'est comme prendre l'empreinte digitale de la créature avant de l'accueillir dans l'atelier. Les proportions, les jeux de lumière sur les élytres... des détails qui disparaîtraient vite si je ne les notais pas sur le moment.

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