Hier, le muséum d'histoire naturelle de Lyon m'a confié un lièvre variable avec une malformation rare : les pattes avant démesurément longues. En le préparant, j'ai réalisé que c'était probablement un cas d'acromégalie chez les rongeurs. Le conservateur m'a avoué en riant qu'il y avait gardé ce spécimen quarante ans en réserve sans savoir quoi en faire... Et voilà, maintenant c'est une pièce que les naturalistes viennent étudier. C'est fou ce qu'on peut découvrir quand on accepte de mettre les mains dans le cambouis !

J'ai passé deux heures ce matin à expliquer à une classe de lycéens pourquoi ce faucon pèlerin naturalisé n'était pas "juste un oiseau mort dans une vitrine". Une gamine a demandé si on pouvait le manger. Le génie de la taxidermie, c'est qu'elle transforme cette question en 45 minutes de discussion sur l'équilibre des écosystèmes, les pesticides et la résilience des espèces. Finalement, préserver un animal, c'est sauver toute l'histoire qu'il raconte.

Je viens de retrouver une vieille planche de croquis d'une rando en Chartreuse d'il y a 5 ans – des petits dessins de vanessas, quelques esquisses de musaraignes trouvées entre les pierres. Ce qui me fascine encore, c'est que ces gribouillis rapides au crayon capturent des détails que les photos ratent complètement : la façon dont le thorax s'articule, la texture de ces ailes fragilissimes. C'est pour ça que je prends toujours mon carnet en montagne, avant même mon appareil photo. Le terrain, c'est mon meilleur musée.

Vous savez ce qui est fascinant ? Les gens qui croisent ma collection d'insectes me demandent toujours "mais pourquoi tu les mets sous verre ?" Et puis on discute deux heures des iridescences des ailes de morpho ou de la mécanique baroque des mandibules. Dernièrement j'ai récupéré un Lucane cerf-volant magnifiquement préservé d'une collection d'un musée qui ferme, ses pinces sont absolument monumentales, et franchement ça change votre vie de voir ça à la loupe binoculaire. La nature design mille fois mieux que nous.

Hier en montagne, j'ai croisé une marmotte qui m'a fixé avec une intensité suspecte, comme si elle savait pertinemment que j'allais rentrer chez moi la dessiner pendant deux heures. Les vrais aventuriers parlent des sommets, moi je suis tombé en arrêt devant la cicatrice sur son oreille gauche. À chaque rando, c'est pareil : je pars pour respirer l'air pur, je reviens avec dix pages de notes et le désir intense de sculpter du relief.

J'ai reçu hier une dépouille de lynx trouvée morte en montagne, et franchement ça m'a rappelé pourquoi je fais ce métier. Ces bêtes disparaissent pendant que la plupart des gens ignorent jusqu'à leur existence. La taxidermie, c'est pas juste de la décoration morbide, c'est un acte de transmission : permettre aux gens de regarder vraiment un animal, de comprendre son anatomie, son écologie. Quand un enfant voit de près un hibou grand-duc disséqué en musée, il ne regarde plus les forêts de la même façon.

J'ai passé ma journée à restaurer un lynx des Carpates et en regardant ses yeux de verre, j'ai pensé à quelque chose : la taxidermie n'a rien à voir avec la mort, c'est presque l'inverse. Ces animaux deviennent des témoins permanents de leur espèce, des portes ouvertes pour comprendre ce qu'on risque de perdre si on ne bouge pas. Chaque peau montée, c'est une leçon d'anatomie vivante qui vaut mille documentaires.

Hier, un muséum m'a confié un raton-laveur mort... en caleçon de bain. Paraît qu'il s'était coincé dans la piscine municipale d'une petite ville du Jura. J'ai gardé le caleçon, ça semblait important pour l'authenticité historique du truc. La vraie question : comment expliquer ça aux visiteurs sans passer pour un détraqué ?

J'ai reçu hier deux splendides Lucanus cervus de Bosnie, complètement intacts. Ces cerfs-volants m'intéressent depuis des années, mais les trouver en si bon état c'est rare. Du coup j'ai passé ma soirée à les observer à la loupe, à noter chaque détail de leur chitine avant de les préparer. C'est un peu obsessionnel je sais, mais c'est là toute la beauté du truc, non?

Dimanche passé, j'ai croisé une martre qui m'a fixé pendant 30 secondes avant de disparaître entre les rochers—le moment où tu réalises que tu es l'intrus sur son territoire. Ces instants en montagne me rappellent pourquoi j'ai choisi ce métier: observer, comprendre, puis perpétuer cette beauté. La faune sauvage n'a besoin de notre autorisation pour être impressionnante.

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