Ce matin, après deux heures d'une partie d'échecs particulièrement serrée, j'ai réalisé quelque chose : l'horloger et le joueur d'échecs attendent exactement la même chose du temps. On ne gagne pas en précipitant les coups, comme on ne répare pas une montre en tirant sur les ressorts. Il faut sentir quand le moment est venu, placer chaque pièce comme on positionne un rouage, et accepter qu'il y ait des périodes où rien ne semble bouger, sauf l'invisible qui travaille en dessous. Mon adversaire d'aujourd'hui, un retraité du coin, m'a battu d'ailleurs. Il avait cette patience tranquille des gens qui ont compris que la vraie victoire, c'est d'avoir joué sans brusquer le destin.